Goguettes : réjouissances contemporaines

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Une goguette parisienne, vue par Daumier, 1844

Humour, live, musique, réseaux : l’histoire des « goguettes » pourrait venir occuper plusieurs rubriques de ce site. Mais quel est cet objet étrange ?

Evitons d’abord les confusions. Les goguettes n’ont rien à voir avec les lieux d’aisance (les « gogues » au masculin, en argot) ou avec les boudins (gogues au féminin) cuisinés comme des saucisses aux herbes. Ni avec les guinguettes où résonne le son de l’accordéon pour un bal sous les tonnelles. Sauf pour l’idée de s’enivrer de musique et de bonne humeur avec un petit verre de vin blanc.

L’étymologie de goguettes fait en effet référence aux réjouissances. Celles qui nous font arborer un air goguenard, qui nous font partir en goguette pour aller boire et chanter à gogo, pour citer d’autres termes un peu désuets de la même famille.

Des chansons à partager

Les goguettes étaient des lieux de rencontres très populaires au XIXe siècle. Il s’agissait de « clubs » qui se réunissaient régulièrement pour partager boissons et chansons. On a compté jusqu’à 10.000 assemblées de ce genre à Paris.

Le cadre juridique est alors strict : le code pénal prévoit de sévères amendes quand plus de vingt personnes se retrouvent en dehors du cadre familial pour des activités communes. Pas de regroupement associatif autorisé (la loi arrivera plus tard, en 1901), les rassemblements politiques, religieux ou littéraires sont limités, contrôlés. Des groupes se déclarent alors officiellement avec dix-neuf membres actifs, précisément sous le seuil fatidique. Ils s’installent et se retrouvent dans des cafés, des caves, et autres endroits ouverts. Ils se donnent un nom, revêtent des décors de confréries et ouvrent leur séance en accueillant un public qui vient simplement consommer des boissons et, dans l’ambiance, reprendre les refrains des chansons que l’on crée et improvise souvent autour d’air célèbres. Pas d’orchestre ni d’instruments de musique, car cela changerait la nature du regroupement.

Des joyeux et des frileux

Parmi les auteurs célèbres qui ont participé à des goguettes, Eugène Pottier, qui y entonna peut-être déjà l’air de L’Internationale, Jean-Baptiste Clément, l’auteur du Temps des cerises ou de Dansons la Capucine. Ou encore le chansonnier Pierre Dupont, qui donna plus tard son nom à une rue du 10ème arrondissement de Paris, bien connue des étudiants de notre campus. A l’intersection, d’ailleurs, de la rue Parodi (*), qui rappelle le goût du pastiche (sinon rien).

On se retrouve ainsi, dans toute la France, au Caveau, chez les Joyeux ou les Frileux, à La Ménagerie, la Lice Chansonnière ou chez les Maboules du Haut-Judas. Parmi les dix-neuf organisateurs déclarés de ces goguettes, le président bénévole est élu pour un an et bénéficie d’un privilège : le vin est à discrétion pour lui (ou elle).

Parmi les participants, des représentants des forces de l’ordre, souvent en civil, viennent vérifier que des complots politiques ne sont pas ourdis sous le prétexte de retrouvailles chantantes et arrosées. D’autant que certaines personnalités politiques viennent aussi se détendre dans les goguettes installées dans leur quartier, partout en France.

Un genre musical

Si les lieux disparaissent au début du XXe siècle, le genre des « goguettes » reste dans le domaine de la chanson. A partir d’airs célèbres, des artistes changent les paroles et adressent un message poétique ou politique sur un mode parodique.

On pourra citer le travail de Patrice Mercier, auteur, compositeur qui a travaillé quelques années avec l’équipe de NPA Production à Canal+. Découvrez dans la vidéo ci-après sa reprise militante d’une chanson de Cabrel, Je l’aide à mourir.

« T’as voulu voir l’salon et on a vu l’salon ». Avec sa parodie de la chanson Vesoul de Jacques Brel, le groupe des Goguettes (en trio mais à quatre) a donné le sourire à plus de 4,6 millions d’internautes pendant le confinement du printemps.

Les auteurs de ce groupe (Clémence Monnier, Stan, Aurélien Merle, et Valentin Vander), reprennent ainsi explicitement le nom de « Goguettes ». Ils proposent des parodies particulièrement drôles et réussies, comme Ô postillons maudits, cette pièce de théâtre aux intonations tragiques que vous pouvez visionner sur leur chaîne Youtube.

Lien : https://www.youtube.com/channel/UCL95UhlTaJ5YNJczY5I-X5A

D’autres références pour partir en goguette(s) :

(*) La rue Alexandre Parodi fait référence au poète et auteur dramatique du XIXe siècle. A noter que son petit-fils, qui porte le même nom, s’est par ailleurs illustré comme homme politique et compagnon de la Libération au XXe siècle.

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Directeur de l'ISCPA Paris

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