L’absence

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Pour dompter la tempête qui se trouvait en elle, se libérer de ses tourments, pardonner ceux qui l’ont offensées, il lui fallait partir, changer de vie.

Durant près de six mois, il a été difficile, voir impossible de trouver les justes mots qui exprimaient ce que j’éprouvais. Pourtant, peine, colère et amertume s’affrontaient sans cesse en moi et le répit lui, n’existait pas. Au départ, rien ne me paraissait différent, alors que tout ce qui faisait ma vie venait de partir. J’effleure ce sentiment de liberté et cette complicité retrouvée avec mon père. Je vis la nuit et dors le jour, profite d’une « nouvelle vie », jusqu’au jour où, la réalité me rattrape et me met cette énorme claque, le petit bonhomme « responsabilités » s’installe et tout m’échappe.

La maison me semble vide, ma vie, me paraît triste, mais pourquoi ? Un toit sur la tête, à manger dans mon assiette et mon père, alors je remercie le ciel et relativise, tous les jours. Mais chaque nuit, c’est ce même refrain, cette même question qui se répète dans ma tête : « Pourquoi tout quitter, quand tout ce qui fait ta vie se trouve ici ? ». C’est dans ces moments là, que le chagrin s’empare de moi, que les interrogations se multiplient, que les questions sans réponses m’empêchent de trouver le sommeil. Alors la nuit, je fuis, je sors sans but, comme un somnambule. La journée, je ne laisse rien transparaître, sourire aux lèvres, comme ci de rien était. En compagnie de mes amis, ma thérapie. Mais rien ne change, elle me manque, terriblement.

Il y a comme un cri de douleur qui parcours tout mon être. La tristesse, qui n’apparaissait que tard la nuit se manifeste, tout le temps, constamment. Tout comme les questions sans réponse, elles aussi, sans cesse dans mon esprit. La peine quant à elle, se transforme en haine, tout m’échappe, une nouvelle fois. A ce moment là, je laisse la fureur devenir maître de mon corps, espérant qu’elle guérisse tous mes maux. Sans effet, au contraire. A présent je ne suis qu’un tourbillon de violence, de haine, de tristesse, prête à tout emporter sur mon passage.

J’en veux au monde entier, encore plus à elle, celle qui m’a délaissée. Elle n’est plus là, mais tente de s’imposer, me montre que même si je tente de l’oublier, elle sera toujours là. Des messages, des appels. Des mots jamais dit, des sentiments jamais avoués. Tout ça ne signifie rien pour moi, toutes ses paroles sont sans importance, ce sont des mots qui sonnent tous plus faux les uns que les autres. A ma manière je la blesse, en ne lui montrant que mépris et dédain. Je n’ai qu’un seul désir, la rayer de ma vie, faire comme ci son existence ne comptait pas, parce que quelque part, c’est le cas.

Chaque jour ressemble au précédent. Parfois je ris, parfois je pleure. Le regard soucieux de mon père, lui, est continuellement posé sur moi, se questionnant : comment apaiser cette détresse, cette tristesse ? Il cherche des réponses, tente de briser ce mur, que je forge tout autour de moi. Il m’emmène en balade, essaie de me remonter le moral. Mais rien ne change, cette émotion est encore là, elle ne bouge pas.

Quelques semaines passent, je surmonte mon chagrin et puis la revoilà, de passage. Sa présence est comme un poids, incapable de rire, manger, parler à ses côtés. Et puis un matin, tout dérape, tout part d’une bague, prise dans son tiroir quand elle n’était pas là. Une histoire sans fin, qui nous emmena très loin. Nous sommes prêtes à en venir aux main, prêtes à échanger nos poings. Ce matin là, je deviens la pire version de moi-même, déversant toute ma haine, hurlant de colère. Mon père lui, ne sait quoi faire, il me retient et dans son regard, j’aperçois mon mal-être, j’aperçois ma haine. Je préfère partir, j’ère dans la ville, essayant de retrouver mes esprits. Je réalise à cet instant, que jamais nous ne redeviendrons les complices que nous étions autrefois, que quelque chose est mort en nous ce jour là et que plus jamais, nous ne regarderons de la même façon.

Il est difficile de savoir ce que mon cœur ressent, parfois compliqué d’extérioriser ce qui se trouve enfoui au fond de moi… Aujourd’hui, je n’ai qu’un seul but, accepter son départ, avancer pour ne jamais régresser, évoluer continuellement, et tenter de pardonner celle qui m’a tant blessée.

Nous sommes l’opposé, le jour et la nuit, si différentes mais pourtant si ressemblantes. Cherchant toutes deux à apprivoiser la furie qui se trouve en nous. Cherchant toutes deux à réprimer nos maux.

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Actuellement en première année de bachelor communication à l'ISCPA, j'y étudie la production audiovisuelle et la communication à travers des projets pratiques. Passionnée par la mode, le dessin et la musique, je m'intéresse aux métiers de la création visuelle et des arts de la scène, et recherche donc un premier stage en communication évènementielle ou digitale pour y développer mes compétences et me confronter à la réalité de l'entreprise.

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