5 minutes pour comprendre la polémique Warner

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Pour limiter l’impact de la pandémie de la Covid-19 sur leurs activités, les studios Warner Bros ont décidé, le jeudi 3 décembre, que les 17 films dont la sortie était prévue en 2021 aux Etats-Unis, dont Matrix 4 et Dune, seraient diffusés sur leur plateforme de vidéo à la demande en même temps que leur sortie en cinéma. Un bouleversement, sans précédent, dans l’industrie du cinéma depuis sa création.

Coup de tonnerre dans l’industrie du cinéma !

La décision des studios Disney de diffuser simultanément en salle et sur leur plateforme vidéo Disney+ le film Mulan avait déjà fait couler beaucoup d’encre (vidéo du contexte Disney+ présenté par InthePanda à la fin du paragraphe). Et bien cela n’a pas empêché les studios Warner Bros de prendre cette même décision. Les films Warner prévus pour 2021 aux Etats-Unis vont être diffusés sur leur plateforme de vidéo à la demande HBO Max, et, parallèlement, au cinéma. L’annonce, qui bouleverse les pratiques de l’industrie du cinéma, met en exergue la difficulté pour Hollywood de s’adapter à la crise sanitaire aux Etats-Unis. Elle contraint la plupart des salles de cinéma du pays à fermer.

Coronavirus et dégâts

Ouest-France nous fait part d’une interview d’un analyste américain, spécialisé dans le Box Office, réalisée par l’AFP. Selon lui, il s’agit  » du plus grand séisme que l’industrie du cinéma ait jamais connu. Warner a effectué un virage serré qui pourrait changer cette industrie pour toujours ». Une décision forte et marquante, que l’on pourrait presque comprendre, quand l’on connait les dégâts du Covid sur le secteur. En effet, toujours selon Ouest-France, entre mars et mai 2020, les salles des plus grands réseaux américains (AMC, Regal, Cinemark) ont totalement fermé leurs portes, et en juillet, seules 17% d’entre elles étaient ouvertes, selon France Culture. « Nous ne générons plus de revenus », annonçait l’entreprise AMC en juin dernier, en évoquant des pertes de 2,1 à 2,4 milliards de dollars pour le premier trimestre et en laissant planer le doute pour la suite.

Le coronavirus a entraîné la fermeture de toutes les salles de cinéma. Mais il a aussi provoqué l’arrêt des tournages et le report de centaines de films. Selon Box Office Mojo, les Etats-Unis ne proposaient plus que 23 nouveaux films en fin août 2020, contre 105 début février 2020.

Warner essaie donc de limiter les dégâts d’une année critique. C’est d’ailleurs ainsi que la direction de l’entreprise présente les choses : « Nous vivons dans une période sans précédent, qui nécessite de faire preuve de créativité pour trouver des solutions » a expliqué la PDG de Warner Bros, Ann Sarnoff.

HBO MAX : une décision à des fins personnelles ?

Dans ce même contexte, la place occupée par les plateformes évolue d’une manière très rapide. Netflix, Amazon prime, Disney+, Salto pour la France, se développent de jour en jour face à l’enjeu et la réussite de cette nouvelle manière de regarder les films sous abonnement. Warner en a la connaissance et cherche, avec cette décision, à donner de la visibilité à sa plateforme de streaming afin de concurrencer les grandes plateformes citées qui réunissent beaucoup plus de clients. « Clairement, WarnerMedia compte sacrifier une portion considérable de la rentabilité de sa branche de studio de cinéma et celle de ses partenaires de production et des cinéastes, pour subventionner le lancement d’HBO Max », affirme Adam Aron, patron de la chaîne de cinémas AMC.

Une chronologie des médias bouleversée

La chronologie des médias est une règle mise en place pour définir l’ordre et les délais d’exploitation d’une oeuvre cinématographique. Il s’agit, très concrètement, de protéger l’exploitation en salles des films, en instaurant un délai à partir duquel les autres formes d’exploitation (télévision, DVD…) sont légalement autorisées à diffuser les œuvres.

Le cas des Etats-Unis

Jusqu’à présent, l’usage voulait, aux Etats-Unis, qu’un délai de 90 jours s’écoule entre la première projection d’un film et sa sortie sur un quelconque format numérique. L’accord « pluri-annuel » conclu en juillet entre Universal et AMC ramenait ce délai minimum à 17 jours, dans ce pays, où, on le rappelle, la chronologie des médias n’est inscrite ni dans la loi ni dans un accord interprofessionnel.

La France et sa chronologie des médias : quel est l’impact pour notre industrie à nous ?

L’accord américain de 17 jours est bien loin des trente-six mois qui séparent, en France, la sortie en salle d’une première diffusion sur Netflix. Cette loi des trente-six mois est donc un vrai problème à régler en France. Car oui, on pourrait légitimement penser que si cette loi reste telle comme elle est en France, les studios Warner ne verront pas d’intérêt à sortir leurs films en salles pour attendre des mois avant d’être diffusés sur leur plateforme.

Alors que la directive SMA, contraignant notamment les plateformes à investir dans la création francophone, doit être transposée cette année dans le droit français, les chaînes françaises s’accordent pour réclamer des droits moins limités sur les œuvres qu’elles financent : « On ne peut pas financer des œuvres et les amortir sur le monde entier comme le font les plateformes », témoignait Maxime Saada en septembre, au Festival de la fiction de La Rochelle. Comme l’exprime bien l’article de l’INA, « d’autres craignent que le gouvernement peine à imposer aux plateformes cette base de 25 % du chiffre d’affaires à injecter dans les œuvres françaises et européennes, et que la montagne accouche d’une souris… Une directive qui monopolise tous les regards et qui pourrait bien retarder la tant attendue réforme de la chronologie des médias ». Une réforme qui doit être adaptée le plus vite.

HBO MAX disponible en Europe en 2021 ?

On ignore, pour le moment, quel impact cette décision aura sur la carrière des films à l’international, mais le directeur de HBO Max Global, Andy Forssell, a déjà révélé que la société commencerait à déployer le service HBO Max en Europe dès l’année prochaine : « Nous serons et devons être un service mondial. Il est impératif d’atteindre une certaine échelle. Au second semestre 2021, nous commencerons à mettre à niveau certains des services HBO directs existants déjà en Europe vers HBO Max, à et doubler le contenu. D’ici la fin de l’année, ces deux régions seront très actives. Nous prévoyons d’être présents dans 190 pays, il s’agit de savoir à quelle vitesse nous pouvons procéder à ce déploiement. »

L’an 2022 : Un retour au schéma classique ?

Ann Sarnoff, la PDG du studio Warner, nous témoigne que cette décision sera mise en pratique sur une année, et que nous reviendrons certainement au schéma classique en 2022 : « Personne ne veut plus que nous que les films reviennent sur grand écran. Nous savons que le nouveau contenu est la pierre angulaire de l’exposition cinématographique, mais nous devons équilibrer cela avec le fait que la plupart des cinémas aux États-Unis fonctionneront probablement à capacité réduite tout au long de 2021. Avec ce plan unique d’un an, nous pouvons soutenir nos partenaires dans l’exposition, avec un choix régulier de films de classe mondiale, tout en donnant également aux cinéphiles qui n’ont peut-être pas accès aux salles de cinéma, ou qui ne sont pas prêts à y retourner, la chance de voir nos incroyables films de 2021« .

D’ici là, je vous invite à cliquer sur le trailer du film de Warner, qui est sorti aux Etats-Unis sur HBO MAX le 25 Décembre, Wonder Woman 1984.

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Etudiant en troisième année de production à l'école ISCPA avec un intérêt prononcé pour la création, le cinéma et le relationnel. L'école dans laquelle j'étudie m'as permis d'accroître ma connaissance dans le secteur de la production artistique et culturelle et de la pratiquer grâce à divers expériences enrichissantes à travers l'audiovisuelle.

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