Le plaisir de s’affamer

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Avertissement : cet article aborde l’anorexie mentale et décrit des pratiques liées aux troubles du comportement alimentaire.

Depuis bientôt 8 ans, Léa* se bat tous les jours contre son plus gros démon : l’anorexie. Alors qu’elle enchaine les hospitalisations, son rêve de revivre un jour normalement la pousse à vaincre cette maladie destructrice.

Ana

Des simples moqueries sur son physique aux humiliations publiques, le collège n’a pas épargné Léa du harcèlement scolaire. D’un naturel sensible, elle n’a su dissocier le comportement de ses camarades et sa perception de son corps. La puberté n’est certainement pas venu aider en cette période où la confiance en soi est très fragile. Léa commence à développer des angoisses sociales et de la phobie scolaire. Chaque journée en cours est une torture. Les réflexions sur son poids deviennent de plus en plus difficile à entendre, alors, Léa arrête de manger.

Elle supprime les sucres, les graisses, les viandes. Elle se créer des régimes light et se met à courir. La chasse aux calories a commencé. Plus les jours passent, plus Léa trouve du plaisir à s’affamer. Ses rituels minceurs la dépassent, sa vision d’elle même est si troublée qu’elle arrive toujours à se trouver un bourrelet ou un centimètre de cellulite. Elle se fait donc vomir, elle prend des laxatifs après avoir avalé une pomme, et retourne courir des heures. Les kilos chutent sur la balance et l’anorexie aime la légèreté.

« Ana », c’est le surnom affectueux donné à cette maladie sur les comptes pro-ana que Léa suivait. Des anorexiques aguerries y donnent des conseil pour perdre du poids efficacement sans jamais en reprendre. Encouragée par des défis alimentaires et sportifs, Léa perd notion de la réalité. Elle n’a d’yeux que pour ses os saillants et l’écart entre ses cuisses.

Vicieuse légèreté

27 kilos pour 1 mètre 60. Léa est en insuffisance alimentaire subite. Son coeur bat au ralenti, ses cheveux tombent en masse et ses os lui font des hématomes. Si elle perd encore du poids, les médecins informent ses parents que la vie de Léa ne tient plus qu’à quelques semaines. L’hospitalisation semble être la dernière solution pour éviter cela. Malgré l’interventions des psychiatres et des soignants, la même peur lui colle à la peau : grossir. Léa doit s’obliger à oublier son corps, pour une fois.

Les rechutes sont répétitives et l’empêchent de suivre un rythme scolaire et de garder contact avec ses amis. Coupée du monde, la solitude la plonge dans d’autres maux. L’anxiété et les pensées suicidaires la tourmentent.

Six autres hospitalisations plus tard, à 18 ans, Léa commence à progresser. Les thérapies de groupe, les thérapies familiales et l’ensemble des approches neuro-psychologiques ont enfin porté leurs fruits. Elle y voit plus clair sur ses peurs infondées et sur les mécanismes de sa maladie.

Au delà des calories

Il n’y a pas de facteur unique, Léa l’a compris après des années de travail sur son passé. Un traumatisme de l’enfance, peut mener, comme dans son cas, à rejeter l’envie de devenir une femme. Perdre le contrôle, les changements corporels et le fait d’être sexualisée sont des peurs propres à de nombreuses femmes souffrants de TCA. C’est souvent le cas lorsqu’une patiente a subi des violences sexuelles.

Aujourd’hui le combat continue pour Léa, elle arrive de plus en plus à lâcher prise et à se détacher de son apparence. L’acceptation est une prochaine étape à passer. Dans un monde où le physique tient une place particulière, le diktat de la minceur est une réelle oppression dont il est nécessaire de se protéger, surtout pour elle. C’est finalement l’ambition d’une vie plus prometteuse que la voie de la maladie qui l’a emporté. FIN.

* Le prénom a été modifié.

Pour mieux comprendre l’anorexie mentale :

Philippe Jeammet est professeur en psychiatrie et le spécialiste français le plus aguerri en ce qui concerne les Troubles du Comportement Alimentaire. L’anorexie évolue souvent plus vite que les traitements, il explique les rouages et les signaux propres à cette maladie difficile à comprendre.

Lilly Collins incarne Ellen, une jeune femme luttant contre l’anorexie dans le film To The Bone.

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