Berserk : la dark fantasy s’illustre au Japon

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Le fantastique est un genre de fiction visant à présenter des éléments surnaturels inquiétants et inimaginables dans le monde réel. Ce genre possède plusieurs sous-genres, comme l’heroïc fantasy ou la dark fantasy.

La dark fantasy représente tout un panel d’œuvres issue d’un croisement entre les genres fantastiques et horrifiques. L’un des précurseurs et inventeur de ce sous-genre est évidement H.P. Lovercraft. Il est rendu célèbre pour avoir initié l’univers fictif du « Mythe de Cthulhu », univers qui sera repris et développé notamment par Robert E Howard (auteur de Conan le Cimmérien) et Robert Bloch (auteur de Psychose). Ces deux auteurs de dark fantasy sont directement inspiré par Lovercraft.

L’exemple de Berserk est parfait pour illustrer ce style, car il en maitrise tous les codes.

C’est en 1989 que le mangaka Kentaro Miura décide de se lancer dans l’écriture du plus célèbre manga de Dark fantasy : Berserk. Toujours en cours de parution, il existe aujourd’hui 40 tomes. La longueur d’attente entre chaque chapitre s’explique par le goût du détail de son auteur et la haute qualité du dessin, qui fait de Berserk l’un des plus beaux mangas jamais existés.  De plus, le manga a connu plusieurs adaptations animées : une série en 1997, puis trois films entre 2012 et 2014, et enfin une nouvelle série qui fait suite aux films en 2016.

Affiche du film sortit en 2012

Un univers cauchemardesque

Berserk nous plonge dans un univers médiéval vicieux et quasi apocalyptique, où tout est poussé à l’extrême et où, comme dans toute œuvre de dark fantasy, le mal l’a emporté sur le bien.

Ce récit dur et plein d’ambition nous compte l’histoire du Guts, un homme tourmenté et doté d’une force surhumaine, gagnant après des années d’entraînement et de combat, dans son épopée titanesque et sanglante contre l’horreur qui ronge le cœur des Hommes, y compris le sien.

Extrait du manga

D’ailleurs, le nom Berserk provient des légendaires « Berserker », ces guerriers nordiques inspirés par une rage quasi-divine.

La rage, c’est ce qui définit à merveille le protagoniste qui ne survit dans ce monde hostile que grâce à la haine et à son désir ardent de vengeance alimenté par l’horreur, dans laquelle il est plongé depuis l’enfance. En termes de scénario, cette caractérisation de personnage relève de l’antihéros. En effet, en l’absence totale de morale, et étant doté d’une force surhumaine, il ne s’exprime que très rarement sans utiliser son épée géante (l’un des objets les plus marquants du manga) pour trancher ses adversaires en deux. La transcendance de soi par la force physique et psychique est ce qui va illustrer le dépassement des limites humaines d’un simple « Homme ». Guts portera le récit malgré lui en dépit de son manque d’altruisme. Il sera cependant rendu plus humain grâce aux relations qu’il entretient avec les autres personnages. 

Des obstacles, il en rencontrera de nombreux, le monde de Berserk étant cruel et pervers, il ne lui laissera aucun répit. Au cours de son épopée, il croisera la route de créatures cauchemardesques, de fanatiques religieux et de nombreux autre dangers, tout cela au cœur de royaumes meurtris par la maladie et la guerre.

Cependant, l’histoire de Berserk ne se résume pas seulement par violence et perversité. Les personnages sont nuancés et profonds, aussi bien dans leurs caractérisations que dans leurs motivations. Même si l’horreur et le malsain sont des notions omniprésentes, c’est avant tout pour nous en dégoûter et pour jouer sur cette curieuse fascination qu’a l’humain pour l’horreur. L’œuvre et passionné et apocalyptique, une nuance qui tend à rappeler que la frontière entre le bien et le mal est parfois très fine. Cette œuvre pousse donc le lecteur (ou spectateur si vous regardez la version animé) à se questionner sur beaucoup de notions. En effet, elle aborde des thèmes comme les passions ou les tourments de l’âme humaine, la quête de sens de l’humanité ou encore la religion et les croyances en insistant sur la notion de divinité

Extrait du manga

Une inspiration bien réelle

De nombreuses références et inspiration à notre histoire et à notre culture peuvent être retrouvés dans Berserk.

Evidemment comme pour toute œuvre de médiéval fantasy, le Moyen Age va être un puits sans fond d’idées. La guerre de Cent ans, des châteaux fort presque imprenables, la religion catholique, l’inquisition, le royaume de France, le Saint Empire germanique ou encore les sultanats d’orient et les 1001 nuits, tous ces exemples vont servir à l’élaboration de l’univers de Berserk. Par ailleurs, certains concepts issus de notre monde seront directement cités, comme Shiva (un dieu Hindou), le nirvana (concept philosophique bouddhiste et hindouiste), les abysses (signifiant « sans fond » et désignant des zones d’océan très profondes) ou encore Qliphoth. (force du mal dans la Kabbale juive)

L’auteur croise l’Histoire du monde avec le merveilleux issu pour beaucoup des contes populaires, de tragédies antiques et d’ésotérisme. On y retrouve des mythes gaéliques et germaniques, des fées, des sorcières, un monstre à tête de bouc rappelant le Baphomet (idole occultiste), le kraken, et beaucoup d’autres, pour, à la fin, présenter un bestiaire très riche. En plus de ça, l’auteur a beaucoup de talent pour inventer de lui-même de nouvelles créatures toutes plus répugnantes les unes que les autres. Des créatures que personne n’a envie d’imaginer, même dans leurs plus sombres cauchemars. Des croisements de mutations génétiques, des ajouts de crocs, d’écailles, de membres un peu partout voire même des hybride homme-animaux dont certains peuvent trouver leurs inspirations des Kaiju japonais (ces monstres géants comme Godzilla).

Illustration du Paradis de Dante par Gustave Doré

Quant à l’art graphique, Miura s’est inspiré des dessins du grand Gustave Doré, qui a notamment illustré la divine comédie de Dante (un ensemble de poèmes, chef d’œuvre de la littérature découpé en trois parties : l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis).

L’art graphique de Berserk se mêle à la cruauté du récit. Certaines planches marquent vraiment l’esprit, car les soins apportés au détails malsains rendent l’œuvre beaucoup plus inquiétante : le talent du dessinateur permet de rendre cohérent toute sa mythologie. Par ailleurs, on a parfois l’impression qu’il donne vie à des tableaux comme le sabbat des sorcières de Goya ou le jardin des délices de Bosch.

La tentation de St Antoine peut également être une forte inspiration pour ce qui est du personnage solitaire en constant questionnement interne et constamment assailli par des visions d’horreur.

En définitive, Berserk est un parfait exemple du genre de dark fantasy, mêlant le sublime à l’horreur, le merveilleux au malsain et le réel à l’irréel.

Réservé à un public averti (le dessin ne donnant aucune limite à l’imagination.), il faut une certaine résistance à la violence physique et morale avant de se jeter dedans. Par ailleurs, la version anime est bien plus « douce » et s’auto-censure afin de pouvoir tout de même être diffusée, mais également parce que la démence visuelle est réellement difficile à mettre en scène étant donné que certaines planches sont semblables à des tableaux.

La dark fantasy est souvent difficile à appréhender, mais certaines œuvres deviennent des chefs d’œuvres, comme les romans de Stephen King et « Ça », qui a fait un carton lors de son adaptation cinéma, ou les romans de Andrzej Sapkowski avec sa fameuse saga du Sorcelleur, adapté en série Netflix : The Witcher, mais qui a surtout marqué le marché du jeux vidéo avec ses adaptations. La dark fantasy est par ailleurs un genre apprécié des jeux vidéo en général, et Berserk a notamment inspiré la série des « souls » (Demons souls, Dark souls 1, 2 et 3 et Bloodborn) développés par le studio japonais FromSoftware.

Trailer d’annonce des films
Extrait du manga
Affiche de la première saison de la série de 2016

Etudiant à | Plus de publications

Étudiant en 2ème année de production artistique et
audiovisuelle. Passionné par la vidéo, je me destine à poursuivre dans ce domaine qui me correspond tant

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