Le sample et ses limites

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Sample ou plagiat ?

La différence est parfois difficile à cerner, et pourtant, elle est très simple.

Le sample est défini par le dictionnaire comme un « échantillon musical qui peut être retravaillé sur ordinateur pour être intégré dans une nouvelle composition ». N’importe quel partie d’un morceau peut être samplé : la mélodie, le beat, les paroles… tout ce qui peut être remixé et réutilisé. Un échantillon qui n’a pas été retouché ne peut pas être qualifié de sample.

Le sample apparait dans les années 60 à New York, dans le Bronx, lorsque les jamaïcains samplaient, par manque de moyen, des morceaux de musique jamaïcaines déjà existantes pour y poser leurs voix. C’est d’ailleurs ainsi que le Dub, branche du Reggae, est né.

SugarHill Gang, photographie de Anthony Barboza

Peu à peu, le sample révolutionne le monde de la musique, et notamment dans la musique urbaine, pour laquelle de nombreux artistes s’emparent du phénomène pour agrémenter leurs morceaux. C’est alors dans les années 70 que l’usage de samples est popularisé. L’un des groupes les plus friands de cette méthode furent le SugarHill Gang.

Des samples de tous les univers ont pu nourrir la créativité du Hip Hop et du rap.
Kanye West et Jay Z ont samplé le morceau Try a Little Tenderness de l’artiste Otis Reading dans leur morceau Otis. En France, Booba, dans Check le micro, sample les Isleys Brothers avec Living For the Love Of You, morceau R&B et soul.

Certains artistes ont même vu leur carrière relancée grâce au sample. C’est le cas de James Brown, artiste le plus samplé de l’histoire avec un total de 3 543 samples.

Qu’est ce qui différencie alors le sample d’un plagiat ?
Pour sampler un morceau, l’artiste doit demander l’autorisation à son auteur, ainsi que le créditer. Sans crédit ni autorisation, on a alors affaire à un plagiat.

La nuance n’est donc pas audible, elle est juridique

Le morceau Somebody That I used to know de Wouter De Backer, a été reconnu (par la justice et l’artiste lui même ) comme un plagiat du morceau Seville de Luis Bonfa. En dédommagement, Wouter De Backer a du verser un montant d’un million de dollars.

Wouter De Backer, photographie de Eva Rinaldi

Certaines oeuvres, parfois mondiales, ont fait l’objet de scandales, car la limite entre le sample et le plagiat reste, musicalement, encore trop fine.

On peut s’intéresser au cas des Daft Punk, et du morceau Robot Rock. Le morceau jugé trop similaire à celui des Breakwater, Release the Beast, n’a pourtant pas fait l’objet d’une accusation de plagiat.

Daft Punk, Robot Rock, vidéo Youtube
Breakwater, Release The Beast, video Youtube

Plus récemment, le groupe PNL fut accusé d’avoir plagié la mélodie Amber in Bloom de Luke Gartner, pour leur son Au DD. Luke Gartner s’est finalement exprimé en annonçant que son morceau était libre de droit, et que chacun était donc libre de se l’approprier.

PNL, Au DD, video Youtube
Luke Gartner, Amber in Bloom, video Youtube
Girl Talk, DJ TIMES

En Angleterre existe une loi de « fair use ». Cette loi autorise un artiste d’en copier un autre dans « la limite du raisonnable ». Certains artistes usent de cette loi jusqu’à l’excès, comme le DJ américain Girl Talk, qui a sorti des albums exclusivement composés de samples. Sur son dernier album All Day, certains titres comportent plus de 20 extraits musicaux samplés. Le DJ, dont le label porte le nom provocateur d’Illegal Art, n’a jamais été poursuivi.

En définitive, le sample se distingue du plagiat dans un point de vue juridique. Cependant, le copyright, c’est à dire l’ensemble des restrictions et réglementations concernant l’usage d’un morceau, peut être un frein pour les artistes. Un morceau contenant un sample non déclaré et non autorisé peut voir sa diffusion interdite. La créativité n’est pas donc pas sans limite.

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Actuellement en 2ème année de production, je suis passionnée par l'audiovisuel et l'évènementiel.

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