A mon frère

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Il y a dans la perte d’un enfant, une douleur incommensurable. C’est ce qu’il me semble voir dans le regard de mes parents. Comment trouver les mots face à l’indescriptible ?

Les pleurs de ma mère, les silences de mon père. Suraj ne s’en est pas seulement allé pour toujours, une partie de nous l’a accompagné.


Je le revois, lors de ces samedi ensoleillés, les bras découverts, sous des chemises coupées maison, la clope à la bouche, les écouteurs vissés dans les oreilles. Et puis, sa démarche, si reconnaissable, entre mille.


Il n’y a pas que de la joie à se souvenir. Des regrets. Des remords aussi.


On se dit que la vie ne nous a pas laissé le temps, pas celui convenu en général. Que nous l’avons parfois perdu lors de disputes, de futilités. Que si l’on avait su ce qui allait advenir, nous aurions été différents. Mais de ce fait, peut-être pas nous mêmes ?


Ma plus grande peine réside dans l’incapacité à ne pas avoir compris mon frère, quand j’aurais pu, dû. On ne pense à cela de son vivant. Et rien ne devrait nous amener à nous le blâmer.


Mais quand on vient à perdre un être que l’on aime tant, pour qui notre affection se trouve ne pas avoir de limite, même l’au-delà, on se dit que l’on a pas assez fait. Et qu’aujourd’hui, il est trop tard.


Cette idée de non retour rend la chose si difficile à accepter. A comprendre.


Il n’y a plus de quotidien possible quand tout a été bouleversé. Il y a un semblant de continuité, car seul ça nous est désormais possible.


ll prenait le matin, un cappucino (dont il renversait une grande partie sur le plan de travail de la cuisine), s’asseyait sur le banc du jardin, avec son éternelle tube de fumé, et recréait un monde où il se sentait bien. La musique à fond, la fraîcheur de la brise, pour affronter les problèmes de l’existence. Il l’a fait. Avec tout son courage et son espérance à changer, pour lui, et les autres.
Ma mère, quelques jours avant que je parte pour l’Irlande, m’avait donné à penser la vie différemment : « Vint un temps où le risque de rester à l’étroit dans un bourgeon était plus douloureux que le risque d’éclore. – Anaïs Nin


Je suis partie. Et dans un sens, Suraj l’a fait lui aussi. Bien trop tôt, bien trop jeune, mais il est parti. Elle m’a dit que cette façon d’envisager les choses, l’a apaisée. Voir ses enfants quitter le nid, est propre à tous parents, même quand la mort s’en mêle (malheureusement).


Je concède avoir du mal à accepter cela. Je donnerai tout pour qu’il revienne. Que cette tragédie n’en soit pas une, car elle n’aurait point eu lieu.

Comment continuer à croire en la vie lorsque plus rien n’a de sens ? Mais comment ne pas la célébrer, lorsque tout nous donne à constater de sa fragilité et de son privilège ?


Je sais qu’un temps viendra où j’aurais la conviction d’un monde meilleur après celui-ci. Un endroit ou une idée qui nous échappe, à nous, humains.


Mon frère à gravi la colline de la Vie. Il n’a jamais mieux porté le prénom qu’il lui a été donné. Suraj : né des dieux, celui qui porte le monde, Soleil.

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Actuellement en première année de bachelor à l'ISCPA, j'y étudie la production audiovisuelle et la communication à travers des projets pratiques.

Intéressée par l'Art, les spectacles vivants, la musique et le cinéma, je souhaiterais évoluer dans l'un de ces secteurs. À travers cette plateforme, j'espère pouvoir vous faire découvrir certaines choses que j'aime et inversement !

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