Le film énigmatique « Enemy », une question de contrôle ?

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Attention, cet article contient quelques spoilers.

Enemy est un film canadien réalisé par Denis Villeneuve en 2013. Jake Gyllenhall interprète les rôles d’Adam Bell et d’Anthony St. Claire, Mélanie Laurent le rôle de Mary, et Sarah Gadon celui d’Helen. C’est une adaptation de la nouvelle portugaise « O Homen Duplicado » (L’autre comme moi) de José Saramago, et qui a reçut le prix Nobel de Littérature.

Adam est un professeur discret et mène une vie sans histoire avec sa fiancée Mary. Un jour, il découvre en la personne d’Anthony, un acteur lunatique, son sosie parfait. Un trouble important le saisie et il commence alors à l’observer à distance, lui et sa mystérieuse femme enceinte. Peu à peu, Adam va se mettre à imaginer des scénarios de plus en plus stupéfiants pour lui et son couple.

Une question de contrôle et de schémas

Dans ce film énigmatique, tout est une question de contrôle et de schémas. D’ailleurs, la plupart des mots-clés permettant de déchiffrer le film se trouvent dans les cours du professeur : les explications sur le tableau ne sont pas que des détails. Le spectateur se doit d’être en permanence sur ses gardes. Il ne doit laisser échapper aucun détail et faire attention à ceux qui induisent en erreur.

Le tableau du professeur révélant de nombreux indices comme « control »


La phrase qui ouvre le film est « le chaos est un ordre à déchiffrer ». Elle montre que le récit peut paraitre chaotique si on se laisse emporter, mais qu’il est également et paradoxalement ordonné et contrôlée. Les cours du personnage illustrent les thèmes primordiaux. Bien que ces scènes peuvent paraitre insignifiantes, ce n’est pas le cas. Toute la compréhension du film y réside.
Ce film est une boucle, un schéma qui ne cesse de se répéter. L’histoire commence avec un message téléphonique de la mère d’Anthony, et se clôture sur un appel manqué de la mère. Karl Marx est cité avec pertinence « L’Histoire se répète toujours deux fois : la première fois comme une tragédie, la seconde comme une farce ». En effet, il ne fait aucun doute que l’histoire va se répéter. On peut cependant s’interroger sur le récit que l’on vient de voir : est-ce la farce ou la tragédie ?

Des questions sans réponse


Après avoir vu le film, de nombreuses questions ont tendance à surgir. Que signifie le plan final et les araignées ? Y-a-t-il vraiment un double identique au personnage de Jake Gyllenhall ? Denis Villeneuve a dit qu’il n’expliquerait pas sa métaphore : chacun est libre de l’interpréter comme il le souhaite.
Beaucoup de questions auxquelles peuvent trouver une réponse après de nombreux visionnages, et beaucoup de réflexion. Néanmoins, cela ne sera que des interprétations.

La question principale à clarifier autour de l’élément centrale du film est celle de l’existence d’un jumeau. Et selon les interviews qu’a donné le réalisateur durant la promotion, le film pourrait peut-être s’interpréter comme un documentaire sur le subconscient du personnage d’Anthony : mais cela n’est qu’une hypothèse.

Adam et Anthony


Anthony St. Claire est un acteur raté, charismatique et lunatique, attentif à son style, et marié à une femme, enceinte de lui. La discussion avec sa mère nous apprend qu’il a un travail respectable de professeur d’histoire, a un bel appartement, mais son mariage est rythmé par ses infidélités. Le début du film le montre lors de sa visite au club, ainsi que la dispute avec son épouse qui lui demande s’il « la revoit encore ». Le personnage a donc des problèmes d’engagement. Sa femme représente pour lui l’absence de liberté. Cela qui fait référence aux cours sur la dictature et le contrôle.

Adam et Anthony

Adam quant à lui, est un professeur d’histoire discret, plutôt désordonné, et en couple avec une jeune femme qu’il voit régulièrement, sans pour autant avoir d’attache. Il n’a aucun des démons d’Anthony, et peut assouvir ses désirs sexuels.

Le point culminant du film est certainement la confrontation intense entre ces deux personnages. Le professeur passe un marché avec l’acteur en lui permettant de passer une soirée avec sa petite amie.
Cela peut s’interpréter comme une façon, pour Anthony, de se débarrasser de la partie néfaste de sa personne, la partie infidèle qui fait souffrir son mariage.


Au même moment, Adam se rend dans le bel appartement d’Anthony. Il tente de d’apprivoiser les lieux avant le retour de la femme de l’acteur. Il découvre notamment une photo du couple, ce quoi renvoie à celle déchirée au début du film.


Plus tard, dans le lit, avec sa femme, cette dernière remarque quelque chose d’inhabituel. Malheureusement, il ne se souvient pas et ne voit pas de quoi elle parle. Soudainement, durant la nuit, il se réveille et le doute l’éteint. Sa femme souhaite qu’il reste, et au moment précis où ils se retrouvent charnellement, l’autre personnage subit un important accident de voiture après une violente dispute.

Les araignées, la métaphore importante du film


Ces petites bêtes font parties intégrantes du film et occupent une place importante dans l’interprétation de l’histoire. Elles représentent les femme, et par extension, la figure maternelle. C’est une thématique très ancrée dans le récit et liée fortement à l’état psychologique des personnages.

Anthony a une peur immense de l’engagement et surtout de la perte de contrôle et de liberté que cela implique. Il se sent piégé par sa femme enceinte, telle une proie dans une toile d’araignée. La toile est d’ailleurs symbolisé plusieurs fois par les câbles de la ville, le pare-brise fracassée ou la gigantesque araignée apparaissant juste après la discussion avec sa mère.


Dans la dernière scène, sa femme laisse place à une araignée gigantesque, réagissant avec peur à son arrivée. Quelques secondes avant, le personnage ouvre enfin la fameuse enveloppe de l’agence. Il y découvre la clé du club et ressent le besoin de s’y rendre. Autrement dit, après être enfin parvenu à éliminer la partie infidèle de sa personne, il replonge immédiatement dans ses travers au premier signe de tentation. C’est pourquoi sa femme, représenté alors par une araignée, réagit avec peur en le voyant.

Car c’est en quelque sorte un tueur d’araignée. Il est incapable de réfréner ses pulsions et de s’engager dans une relation saine et durable. La scène du club où un talon s’apprête à écraser une araignée symbolise d’ailleurs les écarts de conduite.


Qui est donc l’ennemi dont nous parle le titre du film ? Serait ce Anthony, Adam ? La route de ces deux personnages se croisent-elles par le jeu du hasard ou sont-elles liés par une seule et même toile – d’araignée ?

Pour le découvrir, la seule chose à faire est de regarder ce film. Bon visionnage !

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Etudiante en première année dans la filière Image&Co à l'ISCPA, je suis captivée par les médias, la publicité et les enjeux que représente la communication. Avec des goûts très éclectiques, la lecture, le cinéma, la musique et la culture sont des domaines qui me passionnent et qui permettent de m'épanouir pleinement.

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